Camaraderie…

7 novembre 2008 | Divers


ShareThis

En juillet 1990, alors qu’il venait de nous quitter, Armand CANAL reçoit un vibrant hommage dans les colonnes de La Dépêche du Midi, de la part d’un camarade rencontré 50 ans plus tôt, Louis RIVIERE…

Article dans La Dépêche du Midi - 12 ou 13 juillet 1990

Armand CANAL était prisonnier au détachement de travail 940 à Cottbus. Un de ces arbeitkommandos mis en place par la Wehrmacht au mépris des conventions de Genève dans le but d’aider le régime nazi dans son effort de guerre.

Cet emploi de soldats prisonniers dans une usine de matériel militaire était contraire à l’article 31 de la Convention de Genève qui précisait qu’il était interdit d’employer des prisonniers de guerre à la fabrication et au transport d’armes de toute nature, ce qui était précisément l’activité de cette usine. Dès lors Armand n’eut de cesse que de se faire rapatrier au camp de Fürstenberg siège du III B. Il s’y sentait plus à l’aise avec ses convictions profondes.

Un jour, il apprend qu’un gars de chez lui, là-bas dans les Pyrénées, Louis Rivière, s’était fait pincer lors d’une tentative d’évasion et qu’il avait été ramené manu-militari à la prison du camp.

Sachant quel régime alimentaire attendait l’ex fugitif, il enveloppa quelques biscuits dans du papier journal et les laissa tomber devant Louis un jour de promenade.  

Armand CANAL, 3ème à partir de la gauche avec des camarades en « permission »  au bord d’un canal
Armand, 3ème à partir de la gauche avec des camarades en « permission »  au bord d’un canal

  1. 7 Réponses à “Camaraderie…”

  2. Si cette tentative d’évasion échoua, elle fut finalement réussie le 5 mai 1943.
    La lecture de sa fiche de prisonnier peut faire sourire. On y lit en effet :  » s’est soustrait à la surveillance des autorités allemandes le 5 mai 1943 « .

    Par frobinard le 8 nov 2008

  3. Je suis le fils de Louis Rivière et c’est avec une profonde émotion que je parcours ces lignes ! J’ai entendu mille fois ces récits de la bouche de mon père et jamais ne m’en lasserai. J’ai bien connu Monsieur Canal qui était un homme très attachant et que j’avais moi même remercié pour son geste salvateur. Je tenais à remercier également son fils qui vient de me faire connaitre de plus près « l’intérieur » de ce sinistre Stalag IIIB.

    Par RIVIERE jean-claude le 18 nov 2008

  4. Nous serions, Cher Jean-Claude, très intéressés par la publication d’un article sur ce blog concernant votre père. Alain Canal nous a déjà transmis le scan de la couverture du livre mais une ou deux photos d’époque + un petit résumé de ses évasions nous raviraient. Nous en profiterions également pour parler de votre livre

    Par frobinard le 19 nov 2008

  5. bonjour,
    je suis le fils de Rivière louis, matricule 34.196, auteur du livre « Stalag » dans lequel il relate son séjour au III B et ses évasions. Je viens à l’instant de lire le livre de Maurice Buisson avec émotion, car j’y retrouve beaucoup de similitudes notamment sur la dureté de ce camp, le groupement des prisonniers entre eux par affinités en petits groupes, l’opposition au travail de certains et parfois son sabotage, l’affrontement même de quelques uns avec leurs gardiens, et le fait que travaillant souvent en dehors du camp ils étaient en contact avec une population qui ne comportait pas que des nazis convaincus et qui pouvait avoir de la compassion à l’égard de ces malheureux (il s’est même lié des relations intimes avec des allemandes…) ; en ce qui concerne la majorité des soldats russes mon père avait la même opinion : il me racontait qu’ils étaient la terreur des soldats allemands, mais plus grave encore des civils, victimes d’atrocités indicibles, dont ils violaient tout ce qui portait des jupes de 10 à 80 ans ! c’étaient de véritables sauvages qui se vengaient sur des innocents des précédentes atrocités nazies ,tout aussi répréhensibles par ailleurs.
    J’ai apprécié d’avoir un autre témoignage d’un compagnon d’infortune de mon père….

    Par RIVIERE jean-claude le 10 déc 2008

  6. Bonjour,
    Je suis le fils d’Armand Canal et très heureux de voir que Jean Claude le fils de Louis Rivière apprécie le travail remarquable que vous assurez. Je suis sûr comme le proposait François que Louis Rivière aura un article sur ce blog car il le mérite infiniement au regard de son attitude exemplaire durant sa captivité particulièrement au Stalag IIIB.
    J’ai moi même beaucoup apprécié le livre de Maurice Buisson avec lequel j’avais pu avoir une conversation téléphonique, est-il toujours en vie?

    Par CANAL Alain le 11 déc 2008

  7. Bonjour,
    Je me dois de vous dire que la consultation des dossiers laisse apparaître que les viols, même si leur nombre n’a rien à voir, ne fut pas l’apanage des seuls russes. De nombreux cas de maladies vénériennes furent aussi à déplorer parmi les P.G d’autres nationalités et par conséquent des français. Sans vouloir excuser ces gestes, on peut les comprendre dans la mesure où l’interdiction d’avoir des relations hommes-femmes durant 5 années avait laissé ces hommes dans la fleur de l’âge, très souvent jeunes mariés ou fiancés, dans une misère sexuelle au moins aussi profonde que leur misère physique et morale. La grande pudeur qui régnait à cette époque dans ce domaine empêche une vision objective des réalités qui transpirent néanmoins à travers rapports et écrits divers dont celui de Louis Rivière qui ose aborder le thème tabou (puisque c’était un délit jusqu’à il y a peu) de l’homosexualité.

    Par frobinard le 11 déc 2008

  8. Je voudrais ajouter, quant aux similitudes qui transparaissent dans les récits de Maurice Buisson et de mon père, qu’il y a eu souvent entre les prisonniers des élans de solidarité aussi admirables que désintéressés, confinant parfois au don de soi, sauvant d’une mort certaine un camarade dénutri et/ou malade au détriment de leur propre vie, en lui offrant le peu de pitence dont il disposait (ex : Armand Canal envers mon père…) sans parler des divers et autres exemples d’altruisme et de générosité réalisés en d’autres occasions au mépris des sévères sanctions disciplinaires exposant leurs auteurs !
    Ces comportements héroïques, souvent oubliés parfois même méconnus, devraient interpeller les consciences d’une société devenue au fil des temps aussi individualiste qu’égoïste. Souhaitons que ce travail de mémoire qui nous tient tant à coeur, les uns et les autres, y contribue pour une large part…

    Par RIVIERE jean-claude le 11 déc 2008

Poster un commentaire